Échanger des fantasmes n’a rien d’illégal. Ce qui l’est dans la plupart des pays, c’est la production et la diffusion de matériel pornographique pédophile. Les autorités ont souvent du mal à intervenir à la source, là où les documents sont chargés. Être en possession de matériel pédophile n’est pas non plus un délit partout. La définition de l’âge légal de l’enfance varie d’un pays à l’autre, celle de l’outrage à la pudeur aussi. Enfin, si la majorité des utilisateurs se trouvent dans des pays développés, des ONG comme Casa Alianza et ECPAT ne cachent pas leurs inquiétudes: Internet est en train de promouvoir le tourisme sexuel pédophile, ce qui expose les enfants à un plus grand danger. Non seulement on va abuser d’eux sexuellement, mais on va aussi les photographier et diffuser les images en ligne depuis des pays où les lois sur la pornographie pédophile sont laxistes ou inexistantes. En conséquence, les polices, et les autorités judiciaires réclament avec insistance une meilleure harmonisation des législations nationales.
Depuis le milieu des années 90, les polices de plusieurs pays ont créé des unités spécialisées pour traquer la pornographie pédophile sur Internet. Aux États-unis, le FBI a lancé en 1994 une opération secrète baptisée Images innocentes. « L’essentiel de notre travail consiste à entrer dans des chats où nous soupçonnons qu’il y a de la pornographie pédophile. Nous nous présentons comme des adultes voulant échanger des documents, comme un petit garçon ou une fillette. Un prédateur va aussitôt engager la conversation sur nos activités sexuelles. Certains expriment très vite le désir de se déplacer pour nous rencontrer. » Depuis 1995, cette méthode a mené à 357 arrestations, avec un taux de condamnation de 99%.
Tous les pays n’ont pas les moyens, les compétences et le droit pour agir ainsi. Une convention internationale sur la cybercriminalité est en gestation. Elle abordera en particulier le problème de la constitution de preuves dans un espace électronique sans frontières. « On est obligé d’envisager de changer les lois pour s’adapter au phénomène: sans loi, la police ne peut absolument rien faire. Il nous faut aussi des moyens financiers supplémentaires pour équiper les policiers avec un matériel adéquat. »
Le lien entre regarder des images pédophiles et abuser sexuellement d’un enfant n’est pas clair, même si l’image est déjà le reflet d’un acte. « La pornographie pédophile est un problème bien plus grave qu’une simple question de photos, souligne Jim Reynolds. C’est la représentation visuelle effective d’une agression sexuelle contre un enfant. Et La diffusion de ces photos fait qu’il est de nouveau victime. » D’après le psychiatre français Bernard Cordier, Internet peut renforcer les penchants d’un pédophile et accroître le risque d’un passage à l’acte, si une situation particulière le lui permet.
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